Dominik kardinál Duka OP 
arcibiskup pražský

Huit cents ans de l´Ordre dominicain

Huit cents ans de l´Ordre dominicain

Le 22 juillet 2015 cardinal Dominik Duka OP, archevêque de Prague, a prononcé un discours à l'occasion de la Conférence á Sainte-Baume.

10. srpna 2015
Textes

Huit cents ans de l´Ordre dominicain

dans la cuvette tchèque

 

Si je dois parler de laprésence de nos frères et soeurs dans mon pays et si je dois le faire ici, au sud de ce beau pays de France, je me sens obligé de rappeler l´histoire du christianisme dans la République Tchèque.

 

Trois pays, trois régions historiquement distinctes, forment aujourd´hui cette république: Bohème, Moravie et le sud de la Silésie. Le reste de la Silésie fait partie de la République Polonaise. La Silésie comme telle avait cessé de faire partie du Royaume Tchèque suite à une battaille perdue, au cours du règne de l´impératrice Marie-Thérèse, mère de la reine Marie-Antoinette.

 

Dans notre espace géographique, le première mention d´un baptême chrétien se réfère à la reine des Marcomans, Fritigilde. Dans sa lettre adressée à l´évêque de Milan, Ambroise, elle demande des directives concernant le baptême. Elle ne reçoit pas de réponse. Lorsqu´elle arrive à Milan pour lui poser la question personnellement, Ambroise n´est plus en vie.

 

Le nom lui-même du pays tchèque, la Bohême, vient des habitants celtes, les Boï. Je sais qu´aujourd´hui, le mot „bohémien“ désigne autre chose qu´un Tchèque. Les populations slaves entrent en contact avec le christianisme grâce avant tout à la mission venant aux septième et huitième siècles d´Irlande et d´Écosse. La première formation du type étatique sur notre territoire est l´oeuvre du marchand franc Samo et la question n´est pas résolue si, oui ou non, il était chrétien. Les chefs moraves reçoivent le baptême en 831 à Passau et les anciens des tribus tchèques en 845 à Ratisbonne. La traduction tchèque de la prière du Seigneur „Notre Père“ montre, qu´elle a été faite à partir de la Vulgate. Mais l´histoire de l´Etat Tchèque comme telle est d´habitude mise en rapport avec le baptême du prince Bořivoj et de son épouse Ludmila, reçu en Grande Moravie. La Bohême comme telle faisait partie, depuis le temps de Charlemagne, de l´Empire Romain renouvelé. Par contre, sur le territoire de la Moravie, la première création d´un état a lieu au-delà de la frontière de l´Empire Romain et sa christianisation est l´oeuvre des saints Cyrille et Méthode, apôtre des Slaves, originaires de la ville grecque de Théssalonique. On discute sur leur origine ethnique. Nombreux sont ceux qui pensent, que leur mère pourrait être d´origine slave. Ces apôtres slaves, saints Cyrille et Méthode, patrons d´Europe, ont le mérite d´avoir contribué à la création d´un ensemble de plusieurs états slaves, qui reçoivent le christianisme avec la traduction slave de la Bible (de la Septante grecque) et avec la liturgie slave. C´est aussi leur mérite que l´Europe Centrale était devenu „le fief du pape“. Ils sont invité par le prince Rostislav de venir en Moravie au moment où l´évêque de Passau, en raison d´une longue maladie, ne peut pas exercer ses fonctions. Au départ, c´est une mission byzantine, mais les deux frères de Théssalonique sont ensuite invités à Rome et le pape Hadrien Deux approuve leurs livres liturgiques et la traduction de l´Ecriture. Cela se fait solennellement sur l´autel de la basilique Santa Maria Maggiore. Saint Méthode seul repart ensuite vers la Moravie. Il y va comme évêque dont le siège est en Pannonie, à Sirmium. En ce temps, les territoires de Bohême et Moravie sont administrés par les archiprêtres des évêchés de Passau et de Ratisbonne. Les fouilles archéologiques découvrent les fondements de leurs églises, qui nous rappellent le baptême des chefs tchèques et moraves à Passau et à Ratisbonne. En Moravie, le site important est l´un des sièges du prince, Velehrad, en proximité de Uherské Hradiště - Sady. A Prague, dans le quartier de Hradčany, nous trouvons les fondements d´une petite église, d´un sanctuaire mariale bâti par le prince Bořivoj et qui précède la première église du château de Prague. Ce qui sera toujours intéressant pour nous Dominicains, c´est le fait que cette première mission des saints Cyrille et Méthode avait pris pour patron saint Clément, un pape et martyr romain. Saint Cyrille, décédé dans un monastère à Rome, est enseveli dans la basilique de saint Clément, dont nos frères dominicains irlandais ont depuis longtemps la charge. Ainsi, chaque 14 février a lieu la rencontre annuelle des représentants des nations slaves dans la basilique romaine de saint Clément. Saint Méthode, avant d´entrer au monastère sur l´Olympe grec, était l´un des représentants marquants de l´administration politique de l´Empire Byzantin. Il n´est pas sans intérêt que l´idée de l´État élaborée par lui, reproduit la pensée des créateurs de l´idée de la puissance royale aussi remarquable comme l´archevêque de Reims Hincmar ou son confrère, l´évêque de Metz. Cette même idée de l´Etat, nous la retrouvons dans tous les états de l´Europe Centrale, y compris la Russie de Kiev. On en attribue le mérite au deuxième évêque de Prague, saint Adalbert, qui faisait partie du triumvirat des créateurs de l´Europe du deuxième millénaire: le pape Silvestre II, l´empereur Othon II et l´évêque saint Adalbert, que je viens de mentionner. C´est pour cela que saint Adalbert est appelé le premier Européen et un co-créateur de cet ensemble que nous appelons l´Europe Centrale. Ce territoire s´est libéré, du point de vue ecclésiale, de l´influence des empereurs de l´Est et de l´Ouest. Le résultat le plus manifeste de cette émancipation était le droit du roi hongrois de nommer lui-même les évêques. Ce droit, accompagné du titre de Son Majesté apostolique, était respecté par les Habsbourgs, les suzerains de la monarchie danubienne de l´Europe Centrale. Quant au saint Adalbert, il devient bénédictin, il entre au monastère sur l´Aventin, où les rites occidental et oriental vivent en symbiose. Voilà pourquoi il manifestait ensuite une telle compréhension pour la symbiose de deux rites sur le territoire de son diocèse praguois. Ce diocèse occupait non seulement la Bohême, la Moravie et la Silésie du sud, mais encore la Haute Hongrie - la Slovaquie actuelle, et il s´étendait jusqu´à la région de la Vistule, appelée Petite-Pologne ou la région de Cracovie. C´est la raison pour laquelle nous trouvons à Cracovie la plus ancienne église de saint Adalbert et la raison aussi pour laquelle la cathédrale de Wawel porte le titre de saint Wenceslas. Nous pouvons donc d´une certaine façon considérer même le pape Wojtyła, saint Jean-Paul II, comme successeur de saint Adalbert.

 

Plusieurs siècles passent avant que l´Ordre dominicain soit né et que les Dominicains arrivent sur le territoire du royaume de Bohême. Dans notre basilique de sainte Sabine, le siège du Maître de l´Ordre, qui est actuellement le frère Bruno Cadoré OP, l´ancien provincial de la province de France, se trouve, dans une chapelle latérale, une fresque qui rappelle l´entrée dans l´Ordre des dominicains slaves, saint Hyacinthe, bienheureux Ceslas et Henri de Moravie. Saint Dominique donne l´habit à ces hommes, à la demande de deux évêques, Iwo Odrowąż de Cracovie et l´évêque de Prague Ondřej, deux protagonistes importants du Quatrième concile de Latran. Les frères Hyacinthe et Ceslas étaient originaires de Silésie. C´est ce qui nous fait comprendre pourquoi la première province slave a son siège à Cracovie et porte le nom Provincia Polonia. Nous pouvons dire que ces trois sont les apôtres slaves de l´Ordre dominicain au-delà des Alpes. D´une certaine façon, nous pouvons les comparer aux apôtres slaves Cyrille et Méthode. Cela me fait de la peine, que nos frères de saint Clément ne savent pas grand-chose sur cette partie de l´histoire de l´Ordre; cela ne les empêche pas de nous recevoir toujours avec une belle hospitalité.

 

Sur le territoire de la Bohême, selon la tradition, les couvents dominicains étaient fondés par le bienheureux Ceslas, qui devient le premier provincial. Par contre, saint Hyacinthe traverse la Moravie, où l´on attribue à ce grand missionnaire dominicain slave la fondation de plusieurs couvents, et il continue ensuite vers l´Est. Après avoir traversé Kiev, il arrive jusque dans les pays du sud, et ainsi, au treizième siècle, les dominicains rencontrent l´Arménie. Le fruit de leur travail est la Province  d´Arménie qui est ensuite active dans les communautés des marchands arméniens, depuis Jerevan jusqu´aux pays baltiques.

 

Dans l´esprit de la démocratie traditionnelle dans notre Ordre, mais aussi dans l´esprit de la démocratie des villes médiévales, les couvents dominicains dans notre pays – et surtout nos réfectoires – devenaient des lieux où les assemblées régionales ou générales tenaient leurs assises. Ce rôle important était joué à Prague par le couvent de saint Clément, en Moravie, à Brno, par le couvent de saint Michel, et pareillement en Silésie, à Opava, par le couvent de saint Wenceslas. Au treizième siècle, où la civilisation occidentale voit le jour, la participation de notre ordre à la formation de la société médiévale prend corps dans deux institutions. Premièrement, c´est sa présence dans les universités. Ensuite, la symbiose lors de la création de la démocratie médiévale. Dans le cas de l´Université de Prague, la première université au-delà des Alpes, fondée par l´Empereur et le roi Charles Quatre, les Dominicans jouent le rôle de co-fondateurs, ensemble avec l´école cathédrale, avec les Fransiscains et les Augustins. C´est surtout grâce à la dynastie luxembourgeoise que l´importance de la province devient manifeste, dans se première période, par le rayonnement du studium generale à Prague. Le travail du premier provincial, frère Zdislav de Hradec Králové, secrétaire de la reine Eliška Rejčka, était couronné de succès, mais après lui, la province n´arrive pas à se mettre d´accord sur son successeur et c´est Maître Eckhart lui-même qui devient vicaire de la province.

 

Le temps du règne de Charles Quatre devient la seconde étape importante. D´après l´opinion d´un bon nombre d´historiens, Prague devient le lieu, où l´on pose les bases de la Devotio moderna. Ce n´est pas un hasard si, parmi les maîtres de l´Université, se trouve Henri de Bitterfeld. Il y arrive par Wrocław, qui est, en ce temps, la seconde ville importante du Royaume de Bohême, mais il était né à Zwolli, lieu de naissance de Thomas de Kempis. Cet homme a le mérite d´avoir promu la communion quotidienne des laïcs, y compris l´accès à la table eucharistique des gens mariés, car sa conception de la sexualité dans la mariage se base sur le refus du platonisme, qui dominait les Décrets de Gratien. Nous pouvons dire que, de cette façon, il était devenu un réel précurseur du Second Concile de Vatican et de la théologie du corps du pape Wojtyła. Nous devons également aux Dominicains de cette époque une traduction complète de la Bible, destinée au monastère des Soeurs Dominicaines à Prague. Cela ressort de la dédicace de cette oeuvre à Anna de Leskovice, la sous-prieure de ce monastère. La traduction porte le nom „Bible de Leskovice – Dresden“. Cette traduction tchèque de la Bible est devenu la base de toutes les traductions de la Bible dans les autres langues slaves; la première parmi elles étaient la traduction pour la reine polonaise Sophie de Cracovie. Le frère Václav Moravec, Dominicain et confesseur de Charles Quatre, est considéré comme le rédacteur principal de cette traduction. Il est également l´auteur du Passional tchèque, le récit de la vie du Christ et des saints, destiné au tout premier monastère sur notre territoire, placé auprès de la basilique de Saint Georges du Château de Prague, et à son abbesse Kunhuta. Ce n´est pas un hasard si, au même moment, apparaît la traduction de la Légende dorée (Legenda aurea) de Jacques de Voragine.

 

Il est certain qu´au quinzième siècle, lorsque le mouvement hussite se développe, nos frères dominicains se trouvent parmi les adversaires thélogiques du Maître Jean Hus. En même temps, il ne faut pas oublier que c´étaient eux qui travaillaient, avec les hussites modérés, sur les textes dont le but était la réconciliation des camps opposés. En ce temps, il ne s´agissait pas de deux églises. On parle parfois de deux confessions mais en réalité, on peut y voir plutôt une analogie avec l´Église anglicane et sa division en High Church et Low Church. Dans notre cas, ce serait le consistoire supérieur sub una auprès de la cathédrale de Saint Guy, et le consistoire inférieur sub utraque auprès de la principale église de la Cité, l´église de Tyn. Le premier pas qui conduit vers la réconciliation est le texte qu´on appelle les Kompaktata, texte élaboré au couvent dominicain de la sainte Croix à Jihlava. Ce texte a aidé à la coexistence pacifique de deux tendances aux quimzième et seizième siècles. Cela est vrai aussi pour le texte appelé „Le juge de Cheb“ (en allemand „Egerrichter“), destiné au concile de Basle et élaboré au couvent de saint Wenceslas à Cheb. Mais les rébellions hussites elles-mêmes, guidées par les radicaux violents, ont ruiné presque tous les couvents en Bohême et les frères ont payé de leur vie.

 

C´est la raison par laquelle, au cours des seizième et la première moitié du dix-septième siècles, la province dominicaine tchèque ne joue pas un rôle important dans la vie religieuse et culturelle de notre pays. A cette époque, la province n´avait qu´un minimum de membre, à un moment sept membre seulement. Plus tard, au dix-septième siècle, après la battaille de la Montagne Blanche, où le régime du pays se renouvelle, les couvents dominicains se renouvellent, eux aussi, à l´aide des frères venant de Pologne, d´Italie et des régions de langue allemande. Les ruines de l´église e de la maison provinciale sont transmises aux Pères Jésuites et un grand complexe de la seconde université de Prague, appelée „Clémentinum“, s´élève sur ces ruines. Il doit son nom au fait que l´église praguoise de la Province dominicaine portait le titre de saint Clément, le pape martyre. Durant un certain temps, les Frères administrent le complexe du monastère de Sainte Agnès et de ce fait, le prieur devient comme le maire du quartier des pauvres.

 

Vers la moitié du dix-huitième siècle, nous avons reçu les ruines de la collégiale de saint Gilles qui, au Moyen Âge, était entourée d´une colonie de marchands français. L´église et le couvent étaient rebâtis surtout grâce à l´aide généreuse du gouverneur Balthasar Marradas, qui est enseveli au couvent dominicain de la ville natale de saint Vincent Ferrer. Au dix-huitième siècle, notre province est touchée par les réformes de l´Empereur Joseph Deux et trois provinces – tchèque, hongroise et autrichienne (Germania Inferioris) – sont transformées en une seule, appelée Provincia Imperii. Le provincial siège à Vienne, en Autriche, et le studium se trouve à Graz.

 

La province tchèque est renouvelée au début du vingtième siècle et le mérite en revient au bienheureux Hyacinthe Cormier OP. A la naissance de la Tchécoslovaquie, le territoire de la Slovaquie est ajouté à la province tchèque. Le seul couvent dominicain en Slovaquie, qui se trouve à Košice, est administré en raison du mandat du Maître de l´Ordre, par le provincial tchèque. Au temps de ce qu´on appelle la Première République, la Province dominicaine tchèque joue un rôle important dans la vie de l´Eglise, mais aussi dans la vie culturelle et sociale. Avec la référence au Père Cormier, les Dominicains français ont le mérite d´un avoir été une source d´inspiration. Pour l´Église, c´est le temps où elle quitte l´ancien et s´accommode du nouveau régime. La monarchie avait disparu et la nouvelle République Tchécoslovaque adhère, sur le plan d´idées, au républicanisme français. Comme héritage spirituel, elle reçois le passé hussite et protestant. C´est le professeur T. G. Masaryk, pour qui la Bible est la source de sa religiosité, qui a créé l´idée de l´Etat, sur laquelle s´appuie la Tchécoslovaquie. Son ouvrage „La question tchèque“ n´est pas une étude historique, il devient l´idéologie de l´Etat.

 

Dans sa première période, la Première République passe par un anti-catholicisme et un anti-clericalisme tumultueux. Cette étape culmine dans ce qu´on a appelé „l´affaire de Marmaggi“. De quoi s´agit-il? En 1925, lors des célébrations hussites, on a hissé, au siège du Président de la République,  „le drapeau hussite“ symbolisant les Taborites radicaux – et le nonce apostolique Marmaggi quitte la Tchécoslovaquie. La réconciliation et l´élaboration d´un Modus vivendi n´intervient que trois ans plus tard. Dans ces premières années de la République, sur le plan des rapports Eglise–Etat, un rôle extrêment important était joué par Monseigneur Baudrillard, futur cardinal. Il aidait les nonces, mais aussi l´épiscopat tchèque, à résoudre les problèmes politiques totalement nouveaux pour eux.

 

Les années trente représentaient une étape importante, de même que l´élection à la présidence de la République d´Edvard Beneš. Il était élu avec le soutien politique des partis catholiques, soutien octroyé suite à la demande directe du Secrétaire d´Etat, le cardinal Pacelli. A cette époque, comme durant la crise de Munich et pendant la reconstruction de la Tchécoslovaquie après 1945, le Maître de l´Ordre, Stanislas Gillet, a joué un rôle éminent, non seulement comme une autorité spirituelle mais aussi comme un Français. C´est grâce à lui que le pape Pie Onze n´a pas reconnu les Accords de Munich et que l´on n´a pas occupé la nonciature auprès de l´Etat Slovaque, à Bratislava.

 

Après 1945, une nouvelle étape commence. Au château de Prague, le drapeau de Vatican est de nouveau hissé lorsqu´arrive l´ancien nonce Francisco Xaverio Ritter, qui vient de refuser la création de la nonciature et le passage vers la Slovaquie. Pendant toute la durée de la Deuxième Guerre Mondiale, il siégait à Rome comme nonce de la République Tchécoslovaque. Sous l´influence de l´Union Sloviétique, la nonciature n´a pas été renouvelée, c´est l´ambassadeur soviétique, Valerián Zorin, organisateur du putsch de 1948, qui devient le doyen du corps diplomatique. Malgré cela, le président Beneš, lorsqu´il reçoit l´internonce Francisco Xaverio Ritter la deuxième fois, fait hisser, démonstrativement, à la place de l´étendard du président de la République, portant l´inscription „La vérité est victorieuse“, le drapeau du Vatican.

 

Quant à la vie intellectuelle de l´église, c´est le couvent d´Olomouc, siège du studium generale, qui joue un rôle de premier ordre. Il y a là trois professeurs que l´on peut considérer comme disciple de Stanislas Gillet. Le provincial Metoděj Habáň, le prieur et recteur Emilián Soukup et le Père Silvestr Braito (un ancien étudiant au Saulchoir), voilà trois Dominicains qui appartenaient aux personnalités de l´Eglise les plus populaires et le plus en vue au cours de la période d´entre les deux guerres et encore après 1945.

 

Mais le temps de liberté a vite pris fin et la libération par l´armée soviétique s´est muée – à l´aide du putsch de février 1948 – en une occupation. La dictature staliniste tres dure s´est installée. La liquidation progressive de l´Eglise a commencé par ce qu´on a appelé la nuit de saint Barthélemy: au cours de la nuit du treize au quatorze avril 1950, la police secrète et les milices ouvrières (bras armé du parti communiste) ont investi tous les couvents et monastères masculins. Les religieux étaient arrêtés et emprisonnés. Tôt après, les monastères féminins sont supprimés et les soeurs déportées aux travaux forcés dans les régions frontalières. Certains évêques sont emprisonnés, d´autres internés. L´Eglise se trouve dans la situation d´un silence imposé et et elle est immobilisée par la surveillance étatique. On peut constater que presque cent pour cent des religieux passent par les camps pénitentiels et par la prison. En 1956, en Union Soviétique, le Vingtième Congrès du Grand Parti Bolschévique a lieu; suite à cet événement, les religieuses sont progressivement employées dans les établissement pour les personnes retardées dans les régions frontalières. Ces centres, on les appelle Etablisements des soins sociaux mais en fait, il s´agit de maisons d´internement. Sur ce sujet, des articles étaient publiés, mais aussi le livre de Madame Havlíčková, traduit en français. Par deux fois, j´ai parlé de cette situation au Collège des Bernardins. Dans les années quatre-vingt-dix, grâce à docteur Varaut, j´en ai parlé au couvent parisien de l´Annonciation. Le Printemps de Prague était une période d´un certain répit. On a pu commencer à créer certaines structures de notre Ordre qui ont ensuite continué de fonctionner dans l´illégalité au temps de ce qui était appelée la normalisation. Le studiumétait créé, nos frères étaient ordonnés prêtres en Pologne ou en Allemagne. J´en dis un grand merci aux provinces polonaise, allemande ainsi qu´autrichienne. Je remercie personnellement avant tout le provincial polonais O. Michael Mroczkowski, le provincial allemand Karl Meyer et le provincial autrichien Innozenz Varga.

 

Après la chute du communisme, on a pu renouveler la province tchécoslovaque, avec les deux noviciats à Prague et à Košice, et le couvent d´études à Olomouc. L´essor des premières années a amené aux études d´Olomouc jusqu´à cinquante-cinq clercs. Les Dominicains enseignaient dans les universités d´Olomouc et de Prague. L´activité éditorial du couvent d´Olomouc a également repris; la maison d´édition elle-même a été tranférée à Prague en gardant le nom de Krystal. La province publie également une revue pour la théologie et la culture; elle porte le titre de Salve et parait quatre fois par an. La publication des traductions commentées des oeuvres de saint Thomas d´Aquin constitue une grande entreprise éditoriale; elle est réalisée en collaboration avec la Faculté de Théologie de České Budějovice. Une initiative éditoriale à succes était la publication de la traduction de la Bible de Jérusalem, à laquelle on a décerné, en deux milles douze (2012), le titre du Livre de l´Année.

 

Suite à la division de la République Tchécoslovaque, la province était divisée en deux: province tchèque et province slovaque.

 

Pour les deux petites provinces, la première période après la division constituait un temps difficile. Je voudrais dire merci, au nom de la Province dominicaine tchèque, à la Province de Toulouse, qui aide nos jeunes frères à faire leurs études à Bordeaux et à Toulouse.

 

Je vous remercie de votre compréhension et de votre patience. J´ai essayé de vous rendre plus proche, en quelques mots pour ainsi dire, la vie des Dominicains en République Tchèque.

 

Conférence de Son Eminence Dominik card. Duka OP à Sainte-Baume, le 22 juillet 2015